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Publié par MediaEtudiant.fr, dans Choc, le 12/03/2010

Locaux vétustes, équipements obsolètes, difficultés de réinsertion... Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue dresse un lourd constat sur l'Etat des prisons françaises. Aussi bien anciennes que nouvelles, qui favoriseraient l'aggressivité et la violence.
La République a du plomb dans l'aile. Et de sa devise de "Liberté, égalité, fraternité", Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation, la remplace par "Vétusté, brutalité, pauvreté" quand il s'agit de parler des prisons de l'Hexagone. Dans son bilan annuel, l'homme passe outre l'insalubrité des infrastructures pour surtout s'inquiéter de la vie des détenus après la "case prison".
Au sein des prisons, conformément aux normes européennes, un "parcours individualisé" est mis en place. Une "illusion" de parcours d'après le document. En effet, il consiste à opérer "un tri parmi les condamnés, en proposant une évolution à certains d’entre eux et en laissant les autres sans espoir d’amélioration de leur sort. Les premiers sont gratifiés d’un « contrat » quelquefois bien réel, mais parfois aussi vide de tout contenu (ni engagement du détenu, ni activité offerte par l’administration) ; les seconds n’ont aucune proposition de projet ou d’activité". Un dispositif qui crée ainsi une scission entre les détenus, pouvant favoriser le sentiment d'injustice, l'aggressivité voire des comportements violents. Et ne laissant peu de place à la réinsertion au sortir de sa peine.
Concernant les personnels pénitentiaires, le rapport prône un meilleur suivi au sein du personnel mais aussi des détenus : "Il est donc nécessaire que l’emploi du temps des responsables d’établissement leur permette de passer du temps en détention, de recevoir ceux des détenus qui le souhaitent en audience, de répondre à leurs demandes écrites et, plus généralement, d’avoir une connaissance précise et renouvelée des personnes incarcérées dans leur établissement".
Eu égard à la violente rixe opposant une quinzaine de détenus au sein d'une cour de promenades, le texte veut "reconquérir cet espace". En effet, il est bien souvent le théâtre "de toutes les tensions et toutes les frustrations, d’autant plus vives que les détenus sont massivement privés d’activités". En effet, seulement 15% d'entre eux ont accès à des activités en prison (activités sportives, travail, etc.). Ainsi règne la loi du plus fort, où la brutalité a le dernier mot et où les agresseurs ne sont pas nécessairement sanctionnés. "les surveillants, en effectifs suffisants, comme d’ailleurs tout autre acteur, doivent coexister dans tous les espaces avec les détenus. La cour doit redevenir ce pourquoi elle est faite : un lieu de promenade, c’est-à-dire de détente, de sociabilité ou de possibilité de rester seul".
Au sort des détenus, s'ajoute les difficiles conditions de travail des personnels pénitentiaires. Surchargés de "tâches bureaucratiques", ils en finiraient, faute de temps à ne pouvoir accomplir la composante sociale de leur travail. Condition essentielle à l'équilibre des maisons d'arrêt et aux relations entre personnels pénitentiaires et détenus. "D’une part, l’écoute et la prise en considération des préoccupations des condamnés (...)dont les demandes restent sans réponse (...) et dont la personnalité est, par conséquent, de moins en moins réellement connue ; d’autre part, les actions en faveur de la population des prévenus, laquelle reste à l’écart de toute intervention sociale efficace".
Stéphanie Perrin
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